23 janvier 2010
Quelques leçons des débuts du mouvement indépendantiste
Pour l’indépendance du Québec, l’unilinguisme français et la réduction de l’immigration
Je crois que pour mobiliser le peuple, il faut avoir des idées claires. Souvent nous commettons l'erreur de croire qu'une idée plus radicale va faire fuir les gens et qu'il faut se tenir dans la guimauve ultra modérée pour espérer rassembler - ce n'est pas vrai. Les débuts du mouvement indépendantiste le démontrent : avant 1960, les nationalistes se contentaient de réclamer davantage d'autonomie pour le Québec et de quêter un peu de respect pour le français, des timbres bilingues par exemple. Et ces revendications, bien qu’ultra modérées n'ont cependant donné lieu à aucun rassemblement de masse, les campagnes pour les défendre ne levaient pas.
Puis le mouvement indépendantiste est apparu (en 1957 avec Raymond Barbeau) et son petit mouvement a recruté et l'idée n'a cessé de progresser pendant au moins vingt ans. De leur côté les campagnes en faveur des timbres bilingues et du bon parler français ont fait place à la revendication de l'unilinguisme français et donné lieu elles aussi à des luttes épiques auxquelles nous devons notre survie. Mieux encore, les deux luttes – l’indépendance et la langue – se sont renforcées mutuellement.
Mais depuis deux décennies le mouvement marque le pas et je crois que c'est en bonne partie faute d’avoir répondu à une crainte justifiée et viscérale de bien des Québécois : nous risquons de disparaître et ce danger résulte directement de l’immigration massive. Or les Québécois que cela inquiète constatent que les groupes nationalistes n’ont pas le courage d’aborder cette lutte de front. Ils se disent alors que tout espoir est perdu et ils restent chez eux.
Répondre à cela qu’il faut renforcer et d’abord appliquer la législation linguistique c’est répondre dans le vrai, mais seulement à moitié. Il est vrai que le laxisme linguistique favorise l’anglicisation des immigrants. Il est tout aussi vrai qu’avec des contingents de 55 000 immigrants par année nous serons rapidement submergés dans la région de Montréal. 55 000 immigrants par année, ça fait 550 000 en dix ans. Plus d’un demi million d’immigrants de plus que ceux qui sont déjà ici ! Une simple législation ne peut pas assimiler une telle masse d’un coup de baguette magique. La démographie garde ses droits.
Nous sommes un peuple qui fut graduellement mis en minorité par un autre peuple, les Canadiens anglais, lequel s’est essentiellement développé sur notre dos au moyen d’une immigration colonialiste massive. Nos efforts de libération politiquement corrects, bien épurés de tout ethnocentrisme, ont été mis en échec en 1995 par un vote massif et colonialiste non seulement des anglophones, mais aussi des allophones et même d’une forte majorité d’immigrants francisés comme les Haïtiens. On nous a eus par notre point faible. L’ennemi a fait pénétrer ses auxiliaires ethniques par le point de la forteresse que nous avons refusé de défendre : le front de l’immigration. L’on disait alors et l’on dit encore qu’une opposition à l’immigration des indépendantistes nuirait à la cause. C’est exactement le contraire qui est arrivé. C’est notre négligence ou notre faiblesse, voire notre lâcheté, à combattre l’immigration qui a causé la perte du référendum de 1995 et qui a causé le recul démographique que nous avons subi entre les recensements de 2001 et de 2006 aussi bien à Montréal et au Québec qu’au Canada. Et rien ne permet de croire que cet effondrement démographique ne se poursuit pas depuis 2006. L’immigration a d’abord enrayé notre émancipation nationale et maintenant elle met en cause notre survie même.
Nous nous dirigeons vers une fin rapide et misérable si nous n’ajoutons pas aux revendications historiques d’indépendance et d’unilinguisme français celle d’une réduction très marquée du nombre d’immigrants admis au Québec chaque année (division par quatre au moins) couplée à l’obligation que ces immigrants parlent le français et ne proviennent pas de pays dont les ressortissants alimentent les gangs de rue ou les revendications islamistes.
Je sais que bien des Québécois indépendantistes ont des amis ou même des conjoints immigrants, souvent de bien bonnes personnes, parfois même des nouveaux Québécois exemplaires. Qu’ils pensent un peu que pour chaque immigrant comme celui-là il s’en trouve facilement une dizaine de parfaitement indifférents ou même hostiles aux Québécois et au français dans les blocs appartements de Côte-des-Neiges, de Montréal-Nord, de Lasalle, de Brossard, de Parc-Extension, de Villeray, de Saint-Laurent, de Côte-Saint-Luc… Bref, leur ami qu’ils ont trouvé dans un quartier à majorité québécoise n’est pas nécessairement représentatif de l’immigration montréalaise.
Naturellement il se trouvera, chez ceux qu’une réduction importante de l’immigration dérangerait, des âmes serviles ou suicidaires ou des inconscients qui traiteront les opposants à l’immigration massive de xénophobes ou de racistes. De telles accusations n’ont d’autre force que celle qu’on leur donne nous-mêmes. Il suffit, dans bien des cas, de hausser les épaules et de continuer son petit bonhomme de chemin. Et ceux qui tombent à genoux et éclatent en sanglots lorsqu’ils se font traiter de xénophobes par le premier venu, je les ramènerai une nouvelle fois au début du mouvement indépendantiste, à une époque où le Québécois moyen entrait dans un état psychique similaire dès qu’il était condamné en chaire ou réprimandé par un évêque. Pierre Bourgault racontait que du jour au lendemain les Québécois ont cessé d’accorder la moindre importance à ce pouvoir à tendance théocratique et qu’en un an il s’est effondré. Belle attitude à appliquer aujourd’hui au totalitarisme mondialiste et immigrationniste. En outre un groupe et ses porte-parole peuvent s’afficher comme des opposants à l’immigration sans que chaque militant soit tenu d’en faire autant publiquement.
Il faut réformer l’indépendantisme, même celui qu’on appelle orthodoxe, pour ajouter aux revendications indépendantistes et unilinguistes toujours pertinentes celle d’une réduction marquée du taux d’immigration. Notre survie est à ce prix et seule la combinaison de ces trois revendications donnera la cohérence, la force et l’énergie nécessaires aux militants pour surmonter les obstacles que l’on ne manquera pas de dresser sur notre chemin.
Yves Ménard
yvesmenard1608 @yahoo.fr

